Bonheur... Je n'aime pas ce mot-là. Il ne sonne pas suffisamment bien pour être à la hauteur de ce qu'il prétend. Bonheur. Prononcez-le en y pensant. Je ne me suis jamais laissée convaincre. Bonheur... Encore une fois. Je trouve ça mou, sans conviction, lâche comme un élastique pas assez tendu pour servir. Ca signifie que c'est la "bonne heure" à la limite... mais ça n'assure rien de vraiment gai et rien de plein. Je me plains. Je me plains moi-même, je me remplis de joie. Mais le bonheur ne fait pas le plein à lui tout seul, il ne fait pas le poids. Auriez-vous fait le plein de bonheur si vous étiez en panne sur l'autodoute ? On a beau tourner ça dans tous les sens, vouloir être concilient, souple avec les mots, avec les sens, on a beau y mettre du sien, le bonheur ne prend pas le risque d'être sûr. Il s'arrange pour qu'on parle de lui au futur, pour qu'on le projette. Les optimistes, dans un avenir proche, et les pessimistes après leur mort. Mais il n'est là "ici et maintenant" pour pas grand monde. Si. Pour les rêveurs, pour les inconscients, les translucides, pour ceux capables de marcher sur un trottoir imaginaire. Le bonheur existe à condition qu'on ne le cherche pas, qu'on n'en ai pas d'idée précise. Il existe à condition qu'on y adhère sans avoir besoin de preuve. Ce matin, comme par hasard, j'y crois.